31/03/2017

Rafael Arenas García: "Ignominie et trahison de l'Europe"

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Photo : Antifascistes allemands : Tous trois étaient membres du groupe antifasciste "La Rose blanche". Après avoir été dénoncés par un appariteur de l'Université de Munich pour avoir diffusé un pamphlet antinazi, ils furent livrés par les autorités académiques à la Gestapo, jugés, condamnés à mort et exécutés (1).

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"L'Union [européenne] est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l'égalité entre les femmes et les hommes" (article 2 du Traité de l'Union européenne).

"L'Union établit un marché intérieur. Elle œuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique.
Elle combat l'exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant.
Elle promeut la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres.
Elle respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen.
(article 3.3. du Traité de l'Union européenne).

"L'Union et les États membres, conscients des droits sociaux fondamentaux, tels que ceux énoncés dans la Charte sociale européenne signée à Turin le 18 octobre 1961 et dans la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs de 1989, ont pour objectifs la promotion de l'emploi, l'amélioration des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le dialogue social, le développement des ressources humaines permettant un niveau d'emploi élevé et durable et la lutte contre les exclusions." (article 151.1 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union européenne).

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C'est moi qui ai ajouté la mise en valeur en gras dans tous ces articles. Je me les suis remémorés hier, lorsque je lisais que la troika européenne avait proposé à la Grèce d'étendre la journée de travail à 6 jours. La nouvelle était donnée en primeur par Eduardo Rojo sur Facebook et je l'ai vue confirmée ensuite dans El País. S'il s'agissait d'une nouvelle isolée, je penserais que c'est une blague de mauvais goût; mais comme ce n'est pas le cas, comme il s'agit d'une proposition qui, malheureusement, est terriblement cohérente avec ce qui se passe, elle ne provoque pas de la surprise mais de l'indignation, une indignation profonde et douloureuse.

 

Il s'agit d'une trahison à ce qu'est l'Europe, à ce pour quoi furent créées les Communautés initiales et aux objectifs essentiels du projet européen. Les articles que je reproduis ici du Traité de l'Union européenne et du Traité sur le Fonctionnement de l'Union européenne ne sont pas de la simple rhétorique mais traduisent ce que signifie l'Europe pour la majorité des européens : un lieu dans lequel il est possible de vivre et de se développer comme être humain sans craindre la misère et les injustices qui dévastent une grande partie du monde. Une oasis qui devrait servir d'exemple pour d'autres domaines et où personne ne se sentirait abandonné par la société, par ses semblables. Un lieu dans lequel les structures économiques et politiques sont au service des personnes.

 

Sont-ils conscients, ceux qui ont proposé cette énormité, l'allongement de la journée de travail, de ce que signifie l'Europe, de ce pour quoi elle a été créée ? Savent-ils qu'elle a émergé après une guerre terrifiante dans laquelle on a bafoué comme dans aucune autre les droits fondamentaux des êtres humains ? Se rendent-ils compte que l'Europe a été créée par des personnes qui avaient souffert dans leur propre chair les conséquences qui dérivent d'une société injuste et discriminante ? Par des personnes pleinement conscientes du fait que, si la société n'est pas prospère pour tous, les pires démons sortiront à la lumière ? Je crois que ces fonctionnaires ne savent rien de tout cela et ne sont pas conscients du rôle qu'ils ont à jouer comme représentants d'une des constructions politiques et économiques les plus importantes de l'Histoire.

 

L'échec de l'Europe dans la crise qui nous dévaste est désespérant. Comment l'Union européenne peut-elle non seulement tolérer, mais même approfondir la destruction de l'économie grecque ? Comment est-il possible que non seulement on tolère, mais que même on soutienne l'exclusion sociale, la diminution des salaires, la destruction de l'état de bien-être ? Comment est-il possible que l'exemple grec n'ait pas servi d'avertissement et que maintenant le Portugal aussi se trouve dans une situation qui commence à être préoccupante, et que les troisième et quatrième économies de la zone euro (l'Italie et l'Espagne) subissent une punition profonde et injuste pour leur population ? Comment est-il possible qu'on tolère la destruction de droits sociaux, la diminution de la protection sociale, l'altération des règles du jeu qui ont permis à l'Europe de rester prospère et en paix pendant plus de cinquante ans ?

 

Nous sommes devant une trahison de l'Europe qui ne peut pas nous laisser indifférents, devant laquelle il faut réagir. Ceux qui ne sont pas d'accord avec cette Europe misérable, qu'ils le disent, qu'ils crient, qu'ils agissent. Il y a du travail devant nous, parce que le diagnostic de ce qui arrive est clair : l'Europe existe comme société et comme économie, cependant l'Europe n'est pas gouvernée par l'Europe, mais par les Etats. Ce sont les intérêts nationaux et les manœuvres qui conduisent le continent au désastre. Beaucoup l'ont dit, moi-même je le dénonçais il y a des années, et j'affirmais alors que le fait de ne pas assumer un changement institutionnel profond pourrait avoir des conséquences néfastes à moyen terme. Trois ans ont passé, et les conséquences néfastes sont déjà là. En Europe les uns gagnent et les autres meurent. La débâcle est là, et même ceux qui en tirent bénéfice aujourd'hui ne pourront éviter de subir les conséquences d'une politique erronée. Une fois que le sud de l'Europe sera un champ désert, ce sera le tour du nord, que personne n'en doute.

 

Devant ce constat, il faut construire une authentique politique européenne. Il y a seulement un chemin, seulement une solution, seulement une espérance : l'Europe, plus d'Europe. Ainsi le formulait un article écrit il y a peu par trois allemands et avec lequel je suis pleinement d'accord. Il doit y avoir plus d'initiatives dans ce sens et ici les partis politiques doivent agir. Les partis en Espagne, mais certainement pas seulement en Espagne, ont une dette envers la société qui leur a permis de monopoliser progressivement la chose publique. Nous leur avons confié tout le pouvoir et ils doivent l'utiliser pour que nos conditions de vie à tous soient meilleures. Pour réussir cela, il n'y a pas d'autre solution qu'une intégration politique européenne, et cette intégration passe d'abord par la coordination et ensuite par la fusion de partis politiques, jusqu'à obtenir d'authentiques partis européens qui défendent des politiques européennes non seulement au Parlement européen, mais aussi dans les Parlements nationaux et les gouvernements. Les partis qui n'optent pas pour cette voie ne méritent aucune crédibilité.

 

Nous devons réagir. Nous devons agir. Eugenia Rico avait raison lorsqu'elle écrivait que "on peut tout enlever à l'homme du moment qu'on le lui enlève peu à peu". Elle met cette phrase dans la bouche d'un personnage qui explique comment il a été possible pour les Allemands d'arriver à priver les Juifs de tout ce qu'ils avaient, y compris finalement leur vie. Maintenant je commence à avoir la sensation que nous sommes confrontés à la même stratégie.

Réagissons avant qu'il ne soit tard.

 

Mardi, 4 septembre 2012.

 

Source :Ignominia y traición a Europa

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  • Photo : Antifascistes allemands :

 

Sur la photo, on voit, de gauche à droite, Hans Scholl (22.09.1918-22.02.1943), Sophie Scholl (09.05.1921-22.02.1943) et Cristoph Probst (06.11.1919-22.02.1943). Tous trois étaient membres du groupe antifasciste "La Rose blanche". ". Après avoir été dénoncés par un appariteur de l'Université de Munich pour avoir diffusé un pamphlet antinazi, ils furent livrés par les autorités académiques à la Gestapo, jugés, condamnés à mort et exécutés : "Jakob Schmid, appariteur de l'Université, les décrivit et les arrêta. Après les avoir interrogés, les autorités académiques les livrèrent à la Gestapo. Le lundi 22 février, quatre jours après avoir été arrêtés, ils furent jugés pour trahison et condamnés à mort. En même temps qu'eux, fut aussi condamné à mort Christoph Probst, étudiant de médecine arrêté le samedi 20 février, impliqué dans la rédaction et la distribution des pamphlets trouvés chez les frère et sœur Scholl".

13:33 Écrit par SaGa Bardon dans Europa | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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