12/02/2014

L'archevêque franciscain de Tanger dénonce le traitement inacceptable des émigrants africains

 

 
 

 

Pour Fr. Santiago Agrelo Martínez, archevêque de Tanger, les événements de ces dernières semaines sur le territoire de son archevêché, sur les territoires voisins et dans les eaux de la Méditerranée exigent de transformer la douceur de l'exhortation en dénonciation de ce qui est inacceptable.

Les destinataires de cette dénonciation sont non seulement les responsables des politiques migratoires pratiquées en Europe, qu'ils soient régionaux, nationaux ou européens, mais aussi les électeurs européens, qui ne sanctionnent pas par leur vote les politiciens qui les légalisent et parmi lesquels il faut dénoncer aussi, avec des arguments évangéliques qu'on ne peut éluder, les croyants chrétiens qui sont inconséquents avec leurs propres croyances.

Ce qui est inacceptable :

Il est inacceptable que la vie d'un être humain ait moins de valeur qu'une prétendue sécurité ou imperméabilité des frontières d'un état.

Il est inacceptable qu'une décision politique remplisse de cadavres un chemin que les pauvres parcourent avec la force d'une espérance.

Il est inacceptable que des marchandises et des capitaux jouissent de plus de droits que les pauvres pour entrer dans un pays.

Il est inacceptable que les politiques migratoires des pays dits développés ignorent les appauvris de la terre, affaiblissent leurs droits fondamentaux et deviennent le bouillon de culture nécessaire pour multiplier sur les routes des émigrants les mafias qui les exploitent.

Il est inacceptable qu'il y ait des frontières imperméables aux pacifiques de la terre et qu'il n'y en ait pas pour l'argent de la corruption, pour le tourisme sexuel, pour la traite des personnes, pour le commerce des armes.

Il est inacceptable que la politique oblige les forces de l'ordre à supporter leur vie entière la mémoire de morts qu'elles n'ont jamais voulu provoquer.

Il est inacceptable que le monde politique n'ait pas une parole crédible à donner et une main ferme à offrir aux exclus d'une vie digne.

Il est inacceptable qu'on transforme les morts aux frontières en coupables, d'abord de leur misère, ensuite de leur mort. Ce ne sont pas des agresseurs : ils ont été attaqués depuis que leurs cœurs ont commencé à battre au sud du Sahara et jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent pour toujours dans la mer de notre indifférence.

Il est inacceptable que le négrier d'hier survive dans les gouvernements qui aujourd'hui recommencent à enchaîner la liberté des africains, en la subordonnant aux intérêts économiques d'un pouvoir oppresseur.

De l'impuissance à l'espérance :

Chères sœurs, chers frères,

Devant le drame de souffrances et de mort que sont devenus les chemins des immigrants à cause du pouvoir, il est difficile d'écarter de notre cœur des sentiments de frustration, d'impuissance, de tristesse, d'indignation. Cependant notre engagement envers la vie des pauvres ne naît pas de ces sentiments, mais d'un amour inconditionnel, un amour fidèle, qui nous a été révélé à tous et qui nous a tous réunis pour toujours dans le corps du Christ.

"Ne te ferme pas à ta propre chair" : ne te ferme pas à la souffrance du Christ.

Sur ce chemin, le pouvoir ne peut pas nous suivre. A lui, nous demandons simplement d'être juste. A nous, l'amour nous demande de donner même la vie pour le bien des autres.

Et il y a bien des choses que nous pouvons faire, jusqu'à donner la vie : Nous avons la force de l'amour et de la prière, une force qui est capable de soulever le monde.

Nous pouvons faire en sorte que les émigrants ne soient pas seuls sur leur chemin, et nous pouvons laisser seuls ceux qui, gouvernements ou mafias, leur volent la vie.

Nous pouvons partager avec l'émigrant le peu de bois qui nous reste, le peu d'eau que nous avons, la fin de notre farine ou de notre huile.

Nous pouvons leur donner une voix pour qu'on entende leur cri,

nous pouvons appeler aux portes de chaque conscience pour que la société exige une nouvelle politique des frontières et, avec l'obstination des disciples de Jésus,

nous pouvons rappeler à chaque homme que c'est sa propre chair, et aussi celle du Christ, qui, jour après jour, est condamnée à mort aux frontières du sud de l'Europe.

Chères sœurs, chers frères,

Ne me laissez pas sans votre prière.

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09:37 Écrit par SaGa Bardon dans Actualidad | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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