17/06/2009

Le choix expérimenté d’un cinéma transversal

decoration
Le choix expérimenté d’un cinéma transversal

par Adrienne Nizet, Le Soir, Portrait, 11.06.09

 

Xavier Garcia Bardon est programmateur au département cinéma de Bozar. Fidèle à la ligne du Palais, il choisit la transversalité et explore ses pistes.

 

Ken Jacobs, Tony Conrad, Guy Sherwin, Peter Kubelka… Xavier Garcia Bardon jongle avec les grands noms du cinéma expérimental. C’est son métier il est vrai, mais surtout une vraie passion. Alors Xavier ne s’étonne pas quand on lui demande d’expliquer, ou de resituer. Il sait que le domaine dont il s’occupe est pointu. Et a envie de le faire découvrir, comme il l’a découvert.

 Ses années d’études en histoire, à l’UCL à la fin des années nonante, lui laissent le temps de fréquenter assidument la Cinémathèque (devenue depuis la Cinematek), et décident Xavier à choisir pour sujet de mémoire « Exprmntl. Festival hors normes. Knokke 1963, 1967, 1974 ». Un festival de cinéma expérimental à Knokke-Le-Zoute, donc. « Il y avait une effervescence incroyable, plein de grands noms fondateurs y participaient », explique-t-il. Le mémoire est publié, une porte s’ouvre vers le cinéma, et Xavier s’y engouffre.

Aujourd’hui, il est, avec Juliette Duret, responsable de la programmation de Bozar cinéma (et depuis quelques années, également programmateur d’autres évènements cinématographiques). Ce qui signifie non seulement qu’ils gèrent ce qui est projeté dans les salles du Palais, mais également l’organisation de ces évènements de A à Z.

« Quand les Beaux-Arts sont devenus Bozar, la plupart des sociétés actives dans le bâtiment ont fusionné. La Cinémathèque, qui en plus des projections qu’elle organise, gère une collection gigantesque (une prolématique très différente) est restée une entité autonome, avec son fonctionnement propre. Mais nous collaborons très régulièrement. Bozar Cinema a cependant cherché une autre façon de développer le cinéma, sa propre identité. »

La ligne choisie : la transversalité. Une notion qui sied à XGB qui, quand il n’est pas plongé dans un film, participe à deux projets musicaux, le groupe Buffle et Saule, un projet solo, sans rapport aucun avec le chanteur du même nom…

Des projets décloisonnant les disciplines trouvent donc leur place dans les différents espaces de Bozar, dont la modulable salle Terarken : des films réalisés sur des groupes de musique, des travaux d’artistes à la fois vidéastes et musiciens, des performances live, des projets réinventant le dispositif cinématographique… « L’idée est de s’insérer dans la ligne générale du Palais,  mais ça n’empêche pas de programmer nos coups de cœur de façon anarchique », commente XGB. Ainsi, en décembre 2007, il décide d’inviter Henri Chopin, après avoir découvert sa poésie sonore :

« Deux films coréalisés par lui venaient d’être restaurés, on a sauté sur l’occasion. Ca a été une rencontre incroyable. Il avait 86 ans, se déplaçait en chaise roulante, mais avec une énergie hallucinante ! Il est mort deux semaines après… » 

Le mois dernier, Xavier, dont l’énergie n’est pas moins contagieuse, a invité No Neck Blues Band à jouer à Bozar, après la projection du montage en cours d’un film que consacre au groupe le réalisateur Adam Egypt Mortimer. Et ce qui en est ressorti, c’est… une certaine théâtralité.

« En fait,  le groupe est divisé quant au film. Je m’en suis rendu compte lorsqu’ils sont arrivés… Et finalement, ça a donné une belle tension dans le concert ! »

Car les projections, les concerts, les performances, sont autant de lieux de rencontres possibles et souhaitées. Avec la même effervescence que lors d’Exprmntl ? « Il s’agit d’un moment historique passé, conteste XGB. Par contre, on veut créer des moments culturels excitants, des rencontres entre les disciplines, entre l’auteur et le public… » Le public, justement. En raison du nombre d’évènements organisés à Bozar, difficile de communiquer avec la même ardeur sur chaque projet. Quand Ken Loach, Werner Herzog  ou Lee Ranaldo (de Sonic Youth) sont présents, c’est plus facile.

« Nous avons un public de fidèles, commente XGB. Composé d’étudiants en art, de passionnés de musique, d’art contemporain… Plus engagé lorsque nous avons projeté les films de Guy Debord. En fait, les deux premiers projets alternatifs ou expérimentaux du département ont super bien marché. Grâce au bouche-à-oreille, 350 personnes sont venues. Ca m’a donné confiance, et me permet de continuer, même s’il n’y a parfois que quinze personnes. Il faut se battre pour défendre des projets artistiques crédibles. C’est le rôle d’une institution de poursuivre ça, d’explorer de nouvelles directions. Bozar évolue en fonction des projets, pas l’inverse. » Et si ceux-ci ont des noms méconnus, Xavier les expliquera.

Adrienne Nizet

 Dates

1976. Naissance à Leuven d’une mère belge et d’un père espagnol. 1994-1999. Xavier Garcia Bardon étudie l’Histoire à l'UCL. A la fin de ses études, il consacre son mémoire à EXPRMNTL, le festival du film expérimental de Knokke-le-Zoute. Durant la même période, il fréquente assidûment les séances du Musée du Cinéma.

2000-2001. Xavier travaille à la Médiathèque de la Communauté française de Belgique. Durant cette année, il se consacre beaucoup à ses projets musicaux.

2000-2004. Recherches historiques et iconographiques pour le Professeur Albert d'Haenens.

2004. Xavier devient programmateur cinéma au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. On l’appelle régulièrement pour programmer d’autres évènements, à Bologne, Knokke, Madrid...

 

 

11:43 Écrit par SaGa Bardon dans Actualidad | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, transversalite, bozar |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.